24 janvier 2013

Lettre à ma Tante

Mon Tio,
Ma Tia,

Alors vous y êtes allés, à cette manif du 13 janvier. Vous, mon oncle et ma tante.
Moi qui croyais que les opposants au mariage entre personnes de même sexe l'étaient surtout par ignorance, parce qu'ils n'avaient jamais eu l'occasion de connaître un gay dans leur entourage.

J'ai une grande tolérance envers ces opposants "de bonne foi" : après tout, quand on n'a pas "un très bon ami homosexuel", on est plus facilement enclin à succomber aux clichés, et à se demander s'il est bien raisonnable de confier un enfant à ceux qui chaque année ne peuvent pas s'empêcher de défiler avec un boa rose autour du cou. Cette homophobie par méconnaissance me peine, mais je ne veux pas accabler leurs auteurs, car elle est souvent curable en discutant un peu et en laissant mijoter. Plus les gays sortent du placard, plus l'intolérance recule me disais-je.

Quand 340.000 personnes défilent contre une loi qui pourtant ne leur soustrait aucun droit, ça ne fait pas plaisir. ("Celui qui vote contre le droit d’un autre, quels que soient sa religion, sa couleur ou son sexe, a dès lors abjuré les siens" disait Condorcet) Mais qu'en plus il y ait eu VOUS ! Vous à qui j'ai fait mon coming-out par écrit (j'étais à Trieste) dans une lettre où j'ai essayé de vous expliquer le plus simplement du monde mon parcours affectif. Comment je me suis rendu compte que j'étais gay, que j'étais né comme ça et que je n'y pouvais rien. Vous qui n'êtes même pas catholiques pratiquants ! Croyez-vous vraiment que mon amour pour Enrico ne vaille pas celui de vos propres enfants pour leurs conjoints respectifs ? Ne mérite-t-il pas les mêmes droits ? Car c'est de cela qu'il s'agit, c'est ainsi que j'interprète votre geste.

J'ose à peine le dire ici, mais quand tu m'as demandé à Noël dernier si j'étais fidèle, ma tante, tu aurais mieux fait de tourner ta langue sept fois dans ta bouche ! Je suis avec Enrico depuis plus de temps que ma sœur et son conjoint ou que mon frère et sa copine. Et non je ne l'ai pas trompé ! Mais aurais-tu osé poser la question à mon frère ou à ma sœur, ou a tes enfants ? T'ai-je donné l'impression d'être d'instable ? Ou bien as-tu lu dans le Figaro que les couples gays sont moins fidèles ?

Mon oncle, je ne veux pas t'accabler non plus, mais quand tu dis qu'"il y a quand même des valeurs familiales à défendre", ne crois-tu pas que c'est justement le but de cette loi que de permettre aux couples de même sexe de défendre ces mêmes valeurs, en leur permettant s'ils le souhaitent de fonder un foyer et d'élever leur progéniture, et leur apprendre l'amour, le savoir, le partage, la tolérance ? Tu me parles de famille, moi qui ai établi la généalogie de toute la mienne ! Et toi qui as rompu les ponts avec une partie de la tienne... Doutes-tu de nos capacités à Enrico et moi d'élever des enfants en leur donnant à la fois la douceur d'une mère et l'autorité d'un père ? ;)

Bref, vous m'avez fait de la peine. Mais je ne vous en veux pas, sincèrement. Comme a dit quelqu'un à Noël, pour couper court : "c'est une question de génération". C'est lâche de ma part, mais je préfère vous pardonner que de lutter contre vos préjugés. Dans cette bataille, le plus têtu n'est pas celui qu'on croit.


PS : Rassurez-vous, on ne se mariera pas, Enrico et moi. (Heureusement car je suis pas sûr qu'on vous aurait invité du coup...)

12 janvier 2013