23 janvier 2011

Ruby sur l'ongle


Cela a été noyé dans l'actualité par la Tunisie, mais en Italie il se passe des trucs.
Vous allez me dire : "Oui, encore un truc sur Berlusconi."

Et vous aurez raison. Oui mais là c'est peut-etre différent.
La particularité de cette nouvelle enquete, ce "rubygate", c'est le volume du dossier et des intercettazioni*.

* Une intercettazione en Italie, c'est une écoute téléphonique, qui est perçu différement de ce coté-ci des Alpes. Alors qu'en France, elles sont perçues comme le fait du prince (Ah ! Les années Mitterrand), en Italie c'est un truc plutot utile à la magistrature pour coincer les réseaux mafieux.

L'usage des écoutes téléphoniques est assez répandu en Italie. Notamment dans la lutte contre le proxénétisme. Le résultat, c'est qu'on en parle beaucoup dans la presse, de Libero à Repubblica. Dans des journaux on sort des verbatims sympathiques, genre une escort qui raconte à une autre "Et là, quelqu'un a commencé a montrer son cul pendant le repas", "Tu dois lui prendre la tension, sans culotte", ou "Je l'ai trouvé un peu out dernièrement. Je vais lui demander plus d'argent".

On appelle de tous côtés à la démission de B. Mais ce dernier scandale suffira-t-il à faire plier le Cavaliere ? Eric Valmir, correspondant à Rome pour Radio France, n'y croit pas. Il rappelle : "ce sont toujours des sujets économiques qui effritent la popularité de Silvio Berlusconi".

La révolte populaire tunisienne (à 150km de la Sicile), conjuguée à la majorité quasi virtuelle de l'actuel gouvernement, réveillera peut-être les consciences, qui sait ? Et Silvio passera peut-être Noël chez son pote Kadhafi, pour éviter les juges.



PS : Je viens d'apprendre que Patrice Gelinet arrête "2000 ans d'Histoire". Je suis effondré. Qui me parlera de l'histoire de la sexualité dans l'antiquité égyptienne ? Et de la dynastie des Habsbourg ? Et des blagues de Churchill ?

16 janvier 2011

A Night in Tunisia

Dites donc, ça fait bien longtemps que je ne fais plus d'éditoriaux sur l'actualité. Rarement j'ai été aussi fier d'être français. Monsieur Sarkozy, s'il vous plaît, on peut recommencer le débat sur l'identité nationale ?

Non parce que là, ça vaut le coup : être français, ce n'est pas seulement avoir des réflexes post-coloniaux (comme Juppé qui le mois dernier conseillait aux français de Côte d'Ivoire de rentrer en "métropole"), c'est aussi trahir, trahir, toujours trahir.

En y repensant, je me demande comment l'argumentaire de la France a pu tenir aussi longtemps ? "Ben Ali était fréquentable parce qu'il a interdit les partis islamistes." Oui, mais il a aussi interdit tous les autres. "Avec lui, les droits de la femme ont progressé." Oui mais les droits de l'Homme ont reculé. Cela en valait vraiment la peine ?


Soutenir un régime dictatorial, passe encore. Tout le monde peut le faire. Cela ne rentre pas dans l'identité nationale. Non, la French touch, c'est de lâcher le dictateur au dernier moment ! Ça c'est classe ! Aussi minces soient les arguments gouvernementaux pour justifier un tel soutien, j'aurais apprécié que mon gouvernement les défendît jusqu'au bout (l'imparfait du subjonctif, c'est cadeau pour notre président).

Mais non, en France, on n'est pas comme ça. Dès que le vent tourne, on retourne sa veste et on laisse tomber les copains. Ben Ali pensait s'exiler sur le territoire français ? Mais pour qui il nous a pris, nous, le pays des droits de l'Homme ? Nous qui sommes entrés en Résistance dès 1946 ? C'est mal nous connaître, voyons.

Enfin, bravo aux tunisiens quand même. Ce sont bien les seuls à sortir grandis par ces événements.

06 janvier 2011