16 juin 2008

"Notre meilleur ennemi"

J'en ai marre de voir refleurir ce titre à chaque France-Italie. Car une fois de plus, mon pays d'origine et mon pays d'accueil s'affronteront demain.

Déjà, il y a deux ans, j'avais vécu la victoire des bleus (enfin, des "azzurri") sur le sol italien, comme en témoignent ces images :



A cette occasion, je m'étais dit que je ne laisserai plus jamais quelqu'un dire que le sport portait des valeurs de fraternité et d'amitié entre les peuples. Non, définitivement, ce genre de compétition ne fait qu'exacerber les nationalismes... et les bons vieux stéréotypes. Tous les deux ans (au moins !), les français traitent les italiens de simulateurs, et fustigent leur manque de fair-play. Les italiens de leur côté ne comprennent pas qu'il puisse y avoir autant de noirs dans l'équipe de France.

Alors, pour commémorer cet euro 2008 et fêter la fin de la compétition pour au moins une des deux équipes, voire les deux, voici un billet spécial idées reçues sur l'Italie et les italiens. Pardon d'avance à ceux qui se sentiraient offensés.


LES ITALIENS SONT DES GROSSES FEIGNASSES.
C'est faux ! Le travail est une valeur fondamentale et partagée. Il est même la pierre angulaire de la constitution italienne : "L'Italie est une République démocratique fondée sur le travail." (article Ier) Il y a dans la mémoire collective de ce pays toutes les difficultés (et humiliations afférentes) qu'ont dû surmonter les migrants du Mezzogiorno dans les États-Unis et l'Europe du Nord du XIXe siècle. Et le souvenir que leur intégration s'est toujours réalisée au prix d'un travail acharné. Voilà pourquoi c'est sans doute le plus infondé des procès que l'on peut faire aux italiens.




LES ITALIENS SONT DES PSYCHOPATHES EN PUISSANCE AU VOLANT
Du vrai, du faux. Illustration : sur la nationale Pise-Florence, alors que doublais un camion, j'ai dû me rabattre rapidement parce qu'un mec derrière moi me collait. Il fut contraint de faire de même quelques secondes plus tard pour les mêmes raisons : une voiture derrière lui le collait encore plus. Sachant que le camion dépassait déjà la limitation de vitesse, je vous laisse imaginer à quelle allure se déplaçaient les autres...

Alors, plus fous du volant que les français, les italiens ?
Pas si sûr. En 2004, on recensait 92 morts sur les routes par million d'habitants en France, contre 97 en Italie. Ok, c'est un peu plus. Mais si on s'intéresse au nombre de voitures en circulation en Italie, on apprend que le parc automobile y est 18% plus important ! Et hop, une idée reçue de moins.

(Impossible de trouver, pour illustrer mon propos, la vidéo choc d'un malade qui brûle un feu ou autre. Voici donc simplement la traditionnelle vidéo du créneau raté)



LES ITALIENS SAVENT CUISINER
Vrai de vrai. Il me semble que la gastronomie italienne est restée plus populaire que la française. J'ai l'impression que tout le monde cuisine ici, de l'étudiant au retraité, du nord au sud. Chacun est persuadé de connaître la seule vraie recette de pâtes alla Carbonara, recette qui effectivement change d'un village à l'autre. Autre exemple significatif : à Modica (Sicile) et Altamura (Pouilles), des McDo ont dû fermer car trop concurrencés par des paninothèques traditionnelles. Ah, le bon vieux mythe du village gaulois qui résiste à l'envahisseur ! Et bien il existe aussi de ce côté des alpes.


Une bruschetta


Revers de la médaille : Les italiens auront à l'étranger une irrépressible envie d'aller manger... dans un resto italien. Et d'une manière générale, ils seront peu sensibles à la cuisine locale. (Reconnaissons toutefois que les français partagent cette réputation.)


LES ITALIENS SONT RACISTES
Je me garderai bien de trancher, mais il est certain que la très récente conversion de l'Italie de terre de migration à terre d'accueil n'est pas "étrangère" à une certaine hostilité des italiens envers les marocains, albanais, tziganes, et plus récemment chinois et roumains. (Mais rassurez-vous, les autres sont également mal vus.) Un des discours récurrents des italiens envers les immigrés fait appel à leur histoire (voir plus haut) : "Nous sommes un peuple de migrants. Chaque fois que nous nous sommes installés dans un pays, nous avons travaillé dur. La moindre des choses c'est que vous vous comportiez de la même manière". Cela ne fait pas pour autant de l'Italie un pays plus raciste que la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, la Suisse, etc.


LES ITALIENS VÉNÈRENT LE BALLON ROND
Vrai. Ceux qui n'aiment pas le football se taisent. Les autres hurlent ! Il suffit d'allumer la télé ou d'ouvrir les journaux pour s'en rendre compte. Pour 90 minutes de jeu, il y a au moins le double de commentaires chaque soir. Bien sûr, les émissions sur ce thème suivent un rythme quotidien et, au cas où vous n'auriez pas pu les suivre, les jités y consacrent également une bonne partie de leur antenne.

Plus anecdotique, les sandwichs que je commande à midi ont pour nom "Mutu" (capitaine de l'équipe de Roumanie, attaquant de la Fiorentina, "Papa Waigo" (autre attaquant), ou encore "Prandelli Show" (l'entraîneur). Je m'arrête là, mais les exemples sont déclinables à l'infini.


Ci-dessus, le beau Mutu.


LES ITALIENS FONT BEAUCOUP DE CINÉMA.
Vrai. Je vous conseille d'ailleurs d'aller voir, dès sa sortie le 13 août, Gomorra de Matteo Garrone. Le film à reçu le grand prix à Cannes. Bon, tu sors de la salle un peu désespéré, mais ça en vaut la peine. Le cinéma italien renaitrait-il de ses cendres ?


EN ITALIE, PLUS ON VA DANS LE SUD, PLUS C'EST LE BORDEL
Je dirais que c'est faux, en me basant sur l'expérience d'un week-end de deux jours en Sicile. Vous me direz que c'est pas énorme comme expérience pour en tirer un jugement définitif. Et je vous répondrai que c'est le thème même de ce billet. Ici, un exemple suffit à établir la règle. Et donc, lors de ce court séjour, j'ai trouvé les siciliens courtois, les routes bien entretenues, et en plus la télé marchait dans l'hôtel. Bien mieux qu'à Naples, ou je n'ai jamais mis les pieds, mais dont j'ai l'intime conviction que c'est plus le bordel qu'en Sicile. Des questions sur mon argumentation ?


LES ITALIENS SONT DES CULS-BÉNIS
Un peu comme le foot, les athées se taisent, les autres se font (un peu trop) entendre. Ici, il y a encore des crucifix dans les écoles, le blasphème est un délit, et les médias font des flashs spéciaux dès que le Pape éternue. La laïcité n'est pas le fort de l'Italie... Mais comment faire de ce pays un État laïc alors qu'il renferme au coeur même de sa capitale le Saint-Siège ? Certains italiens ont une solution. J'en ai entendu plus d'un proposer que la France réinstalle la papauté à Avignon. "Benoît XVI ? On vous le donne !"

La Crucifixion de Raphaël, National Gallery, Londres.


Vous trouverez ici bien d'autres traits de caractères que l'on prête aux italiens.

3 commentaires:

  1. Anonyme19:52

    C'est très intéressant tout ça, mais moi j'aurais voulu savoir si les italiens sont effectivement des bombes sexuelles. Fais bien attention à ce que tu réponds, tu as dit que dans ce billet un seul exemple valait vérité universelle, et tout le monde pensera bien sûr à Enrico!biz.Jaja

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  2. Anonyme22:48

    Moi je veux bien, mais j'attends le billet symétrique qui démontera méthodiquement les idées reçues des cousins transalpins sur les Francese ! J'en appelle ici solennellement à ton sens de l'équité. Car à ce stade, dans le match du Benji, y'a 1/zéro pour l'Italie...
    Clot

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  3. Jaja : Bien évidemment que tous les italiens sont des bombes sexuelles ! Je te conseille pour t'en convaincre d'aller voir le billet (généreusement illustré de photos de beaux gosses) qu'a publié mon cousin lors de sa visite en avril dernier. (http://www.cedricdarvaldebayen.fr/?p=330) C'était comment la Moldavie ?!

    Clot : Tu me lances ici un défi bien difficile ! Mais soit. Je vais lancer une vaste consultation via des groupes quali sur le sujet, et publierai les résultats ASAP. C'est une très bonne idée !

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