31 janvier 2008

Les cinquante ans de la brique rouge


J'ai appris comme vous par Google que le danois Lego fêtait ses cinquante ans.

Voici quelques créations trouvées sur le net.



Un hommage à Maurits Cornelis Escher (1898-1972, je mets les dates parce que j'étais convaincu qu'il s'agissait d'un obscur génie du XVIe siècle.) Vous admirerez la ressemblance avec l'original :



Des fous californiens ont également reproduit la Volvo XC90 à l'échelle 1:1.



D'autres fous se sont mis en tête de créer de toutes pièces un clavecin, que voici :


A l'écoute, c'est moins convaincant...


Et puis bien sûr, il y a mon frère, qui fait des sonnettes d'entrée...






Peut-être moins impressionant, mais certainement plus utile.

25 janvier 2008

Adieu Monsieur le Professeur


Je ne vous parle presque jamais de politique italienne ici, parce que malgré mon intérêt prononcé sur ce sujet, je n'arrive pas encore à compenser mes lacunes sur le contexte, les institutions et les principaux protagonistes.

Bloguer donne des droits (dont celui, fondamental, d'écrire n'importe quoi) mais impose aussi des devoirs : j'imagine que vous attendez de moi, français en Italie, un billet sur ce qui se passe en Italie actuellement. Vous vous dites "il va forcément en parler". Laissez-moi vous dire que vous faites ch*er !

La concision n'étant pas mon fort, je n'ai pas pu m'empêcher de vous donner quelques jalons historiques, histoire de planter le décor. Que ceux pour qui l'histoire contemporaine de l'Italie n'a pas de secrets se rendent directement en fin de post : ils y trouveront deux vidéos de la journée de jeudi au Sénat. A pleurer. Vraiment.


NAISSANCE DE LA RÉPUBLIQUE

L'Italie décide par référendum le 2 juin 1946 de devenir une République (54%). Le 13 juin, le roi Humbert II de Savoie se casse à Lisbonne tout en contestant les résultats. La famille royale sera alors interdite de territoire pendant un demi-siècle.

Une assemblée constituante est élue. Elle donnera naissance à la constitution de 1948, et à 46 ans d'hégémonie des démocrates chrétiens. Ce parti participera à tous les gouvernements de 1944 à 1994.

TANGENTOPOLI
Mais voilà, en février 1992, un juge, nommé Di Pietro, fait arrêter Mario Chiesa, un dirigeant du Parti socialiste italien. C'est le début de l'opération mains propres, scandale énorme qui, au fur et à mesure de l'enquête, éclaboussera tous les partis. Il coûtera la vie aux juges Falcone et Borsellino, mais aussi au parti socialiste italien, dissous en 1994 alors que son dirigeant, un certain Bettino Craxi, est en fuite en Tunisie. A l'issue de cette période, le paysage politique italien ressemble à peu près à ça :


Ci-dessus, le lieu de l'attentat de Borsellino à Palerme, le 19 juillet 1992.

Je vous fais grâce des lois d'amnistie qui suivirent. Nous arrivons en avril 2006. A l'issue d'une campagne électorale houleuse, la coalition menée par Romano Prodi (regroupant plus de 20 partis) est largement majoritaire à la chambre des députés, mais beaucoup moins au Sénat.


LES INSTITUTIONS
En France, cela ne poserait pas tant de problèmes. Sauf que le système italien est défini par un bicamérisme paritaire, c’est-à-dire que le Sénat et la chambre des députés ont exactement les mêmes pouvoirs. Dès le début de la mandature, tout le monde s'accordait à dire que la coalition de l'Unione n'allait pas passer l'hiver. Au final, le gouvernement, composé de 102 membres (record absolu en Italie) a tenu 20 mois, ce qui n'est pas si mal (c'est le 61e de l'après-guerre).

Autre curiosité, digne d'une république bananière, l'Italie compte sept sénateurs à vie nommés par le président de la république. Des mini-Pinochets en quelque sorte. Bon, je suis sévère pour Sergio Pininfarina, 82 ans, ou Rita Levi-Montalcini, prix Nobel de médecine, âgée de 98 ans. Ils ont été nommés par le président de la République pour avoir « honoré la Patrie par leur mérites éminents dans les domaines social, scientifique, artistique et littéraire »

Parmi les chanceux sénateurs, il y a aussi Giulio Andreotti, un ancien président du conseil qui, au terme d'un feuilleton judiciaire peu glorieux a été totalement blanchi de soupçons d'association de malfaiteurs avec la Mafia. Il est blanc comme neige, ouf. On le soupçonne également d'avoir indirectement précipité l'assassinat d'Aldo Moro en 1978. Mais ça c'est une autre histoire...

Voilà pourquoi on ne peut jamais connaître au sénateur près la majorité que peut avoir un gouvernement au Sénat. Entre les sénateurs à vie, ceux des régions autonomes comme le Val d'Aoste, ou ceux des italiens de l'étranger, les "électrons libres" sont nombreux.


L'UDEUR

Parmi la coalition Prodi, un petit parti fout la merde depuis le début. C'est l'Udeur (prononcer "oudéoure", Union des démocrates pour l’Europe), un parti bigot de centre droit. Ils ont 10 députés, 3 sénateurs, et le désormais fameux Clemente Mastella, ministre de la justice offrant une vague ressemblance avec Vittorio Caprioli. (Il a joué dans "l'aile ou la cuisse", "le coup du parapluie" et autres chefs d'oeuvre.)





Mastella n'a pas apprécié que sa femme et son entourage proche aient été mis en cause dans une affaire de corruption par un juge, à 11 jours de la retraite ! A croire qu'il n'avait plus rien à perdre.

Mastella fait alors le 16 janvier un discours grandiloquent à l'assemblée. Extraits :

"Je démissionne, donc, chers collègues, je démissionne parce qu'entre l'amour de ma famille et le pouvoir, je choisis le premier." (applaudissements)

"Je démissionne, en rouvrant la question des écoutes téléphoniques, trop souvent mal interprétées ou déformées, trop souvent divulguées sans aucune considération pour la vie privée du citoyen et la liberté de la personne humaine." (applaudissements)

"Je reconnais avoir trouvé durant ma mission une très grande majorité de magistrats sérieux et impartiaux, mais j'ai dû aussi faire face à certains qui font du préjudice, en particulier contre la politique et les politiciens, la raison de vivre de leur activité professionnelle" (applaudissements)

Les éditorialistes critiqueront le lendemain les applaudissements des députés, déplorant que l'indépendance de la magistrature ne soit pas encore un concept bien assimilé par la classe politique. Toujours est-il que Mastella démissionne, et son parti quitte la coalition. Les trois députés de l'Udeur ne voteront pas la confiance au Sénat.


LE DÉNOUEMENT

Deux événements importants sont à connaître pour arriver à l'issue de jeudi dernier :

Le premier concerne le projet de nouvelle loi électorale. Portée par le gouvernement Prodi, elle devait faire l'objet d'un référendum au printemps. Elle avait pour but :
- de donner une majorité plus confortable au gagnant, en réduisant ainsi le pouvoir des petits partis, donc de l'Udeur,
- de remplacer la loi précédente, votée dans les derniers jours du gouvernement Berlusconi en mars 2006.

Le second événement concerne la motion de censure déposée par l'opposition contre le ministre de l'environnement au sujet de la gestion désastreuse des déchets à Naples. C'est à l'occasion de cette motion que le gouvernement Prodi est tombé. Quelques images de Naples la semaine dernière :



Jeudi 24 janvier, Prodi rencontre pendant 45 minutes le président de la République, Giorgio Napolitano. Ce dernier, favorable à l'adoption de la nouvelle loi électorale, tente de convaincre Prodi d'éviter le vote de défiance. Mais le Professore refuse, et tente le tout pour le tout. Il arrive à 15h au Sénat.

LE SÉNAT
Dans son discours, il défend son bilan et prévient "Arrêter l'expérience de ce gouvernement est un luxe que l'Italie ne peut pas se permettre". Puis vient le vote. Les sénateurs sont appelés par ordre alphabétique et répondent oralement par oui ou non au soutien au gouvernement. A 15h50, coup de théâtre : un sénateur de l'Udeur, un certain Nuccio Cusumano, décide de voter malgré tout la confiance au gouvernement Prodi. Voilà ce que ça donne :




Les connaisseurs auront reconnu les insultes "Sei un cesso", soit "Tu es un water".
Les autres insultes sont reprises dans un article de libé.
L'agresseur est un certain Tommaso Barbato, chef de file de l'Udeur au Sénat.
Cusumano aura, quelques minutes plus tard, un malaise et la séance sera suspendue.
Il sera exclu de son parti le jour-même pour "indignité politique". (Cusumano bien sûr. Vous avez bien compris ? C'est celui qui se fait cracher dessus qui est exclus. Pas l'autre.) Bien.

A 20h30, le vote est clos. La confiance au gouvernement est rejetée. Les sénateurs d'Alleanza Nazionale fêtent la chute du gouvernement au champagne et à la mortadelle (spécialité de Bologne, ville d'origine de Prodi).





Je termine par un bonus, hélas en italien, du directeur de l'information d'Italia Uno depuis 1991 (groupe Mediaset), un exemple d'intégrité journalistique.



Vous aurez compris que pour Fede, Berlusconi est à la fois le chef de l'opposition, son patron, et sa star préférée.

18 janvier 2008

L'art du titre

(Vous avez vu la fréquence de mes billets ? On ne m'arrête plus...)

Les journalistes en charge de la rubrique nécrologique déploient souvent des trésors d'imagination pour titrer leurs papiers. Pour peu que le décès en question n'engendre pas une grande tristesse populaire, ils peuvent glisser quelques jeux de mots sans trop choquer.
A l'occasion de la mort de Carlos, ils se sont surpassés.

Un dernier « Big bisou » propose 20minutes, ainsi qu'Europe 1 ou Télérama, avec quelques variantes. La Tribune de Genève a préféré titrer Le chanteur Carlos a rejoint sa dernière oasis, plus original. Le quotidien Le Temps a osé Carlos, pourquoi t'es plus là Dou Dou, dis donc?. Quels ingrats ces genevois ! Mais c'est de la petite bière comparé à Libé (célèbre dans le métier pour la qualité de ses titres) qui a carrément annoncé La mort du chanteur d'Oasis.

Et ouais, il suffisait d'y penser.

16 janvier 2008

La malédiction de la salle obscure

J'ai emmené Enrico voir un film français hier soir. Un film dont la critique était unanime, un film primé dans plusieurs festivals. Mais voilà, on n'a pas accroché. La magie n'a pas eu lieu. Mais alors, pas du tout. Intrigué, je suis allé voir les critiques sur allociné. Morceaux choisis :

"je me suis inscrit sur ce site pour tenter de compenser le préjudice moral constitué par l'encensement généralisé de ce film, véritable campagne de lavage de cerveau digne des méthodes soviétiques des années 1950." malewhoreslag.

"L'unanimisme dithyranbique de la critique en dit long sur la lâcheté et le degré de corruption mentale qui règne dans les médias." andredelac.

"Désolé mais je crois que je suis passé à côté de ce soi-disant chef d'oeuvre. Misérabilisme poussif et réalisation mollasse = ennui profond." wooz.

"je ne pensais pas que c'etait possible de s'emmerder a ce point au cinema." aliicia_5.

"Encore bravo les critiques pour votre blague, vous nous avez bien eu." Julesdenface.

"Une demi-heure aurait suffit à faire de ce propos un documentaire raisonnablement intéressant, mais Dieu que ces deux heures et demi m'ont semblées longues !" Just_herself.

"Dommage que les bobines n'ont (sic) pas coulé dans le port de Sete." philephou.

"La crise de la femme trompée vers la fin du film est probablement un des pires moments de spectateurs de ma vie." jad13

"Bravo pour ce film que tout le monde trouve nul mais que beaucoup de gens et notamment les critiques considèrent comme un chef-d'oeuvre uniquement pour avoir bonne conscience !" mathieujos.

"Couscous poisson. C'est moins accrocheur comme titre, et pourtant c'est bien ce qui reste de 2h30 de cris, de redites, de musique insupportable." cineparadisio.

Avez-vous deviné de quel film il s'agit ?

11 janvier 2008

Correspondance


Pas mécontent d'être rentré. Non que ce court séjour en France fut rasoir, mais le voyage de retour a été long.

Nous étions à Grenoble avec Enrico, et nous devions rentrer à Florence. Or, après une (courte) recherche sur le net, il paraissait tout simplement impossible de faire le trajet en un jour. Il fallait passer la nuit dans une ville-étape, la plus simple étant Turin. Plutôt que d'organiser cela à l'avance, et sans doute un peu vexé par l'absence d'un train rapide direct, je me suis dit qu'on verrait sur place. Et je n'ai rien réservé. Je suis comme ça. Quand je trouve pas, je réserve pas.




Et puis je sais pas, j'étais confiant. Quand j'ai demandé deux billets pour Turin au guichet, je m'attendais à avoir le choix entre fenêtre et couloir.

"Il n'y a aucun train pour Turin aujourd'hui, Monsieur." Le sourire de vainqueur aux lèvres, je lui ai répondu avec gentillesse et condescendance "Voyons ! Pas de trains pour l'Italie aujourd'hui, cela m'étonnerait, Mademoiselle..."

"Des trains, oui, mais pas de places, Ducon !", aurait-elle pu répondre, mais elle n'osa pas.

Allons bon, voilà que tous les trains pour Turin étaient complet, jusqu'au 3 janvier.

Le plus drôle c'est que, sans que je puisse en expliquer l'origine rétrospectivement, la première chose qui nous a traversé l'esprit a été de chercher un loueur de bagnoles, une agence de voyages ou un cybercafé ouvert le premier janvier dans le quartier de la gare de Grenoble.
Deux minutes plus tard, cette hypothèse était complètement abandonnée.












Bref, il ne restait que deux solutions. Soit nous traversions la frontière par les cols alpins à dos d'âne, soit nous la passions en train par la côte.

Bien que préférant de beaucoup la première, Enrico m'en dissuada, et nous prîmes le train. Enfin les trains. Les sept trains, en changeant successivement à Valence, Marseille, Nice, Vintimille, Gênes et Pise.

Au point ou nous en étions, j'en ai profité pour faire quelques statistiques. On a fait 13h01 de train, avec 3h18 de correspondance (20% du temps total) et une nuit à Nice. Nous nous sommes arrêtés dans plus de 70 gares, et avons parcouru 961 km.

Les trains ont circulé à 73,9 km/h en moyenne, à 105 km/h en France, et à 49 km/h en Italie. Les trains français roulent 2,14 fois plus vite que les italiens ! Oui mais le prix est 2,32 fois plus élevé... 5 centimes de kilomètre en Italie, contre 12 en France.





parmi nos nombreuses étapes, nous eûmes deux agréables surprises. L'une concerne Marseille, qui a inauguré la toute nouvelle gare St-Charles :


L'autre est Nice, qui a son nouveau tramway, ses nouvelles sculptures, son nouvel éclairage, etc.




Pas de doute, les municipales approchent.

10 janvier 2008