08 octobre 2007

Benjamin au pays des Shupiaks



Et de trois. Je rentre de mon troisième mariage cette année. Le premier avait déjà fait l'objet d'un post, et pour cause : Camille et Stan qui se marient, je ne l'avais jamais imaginé, même dans mes pires cauchemars. Le deuxième, italien, n'a été évoqué que brièvement dans ce blog, car il s'agissait d'amis d'Enrico que lui-même connaît peu. Le troisième s'est déroulé samedi dernier... en Pologne. Je suis allé à Kostrzyn pour le mariage de Luca et Milena.


Pour savoir de qui il s'agit, il faut remonter à 2002, durant mon Erasmus à Trieste. J'habitais alors Via Ginnastica, avec Andrea et Luca. Si j'ai toujours gardé contact avec le premier, j'avais un peu perdu de vue le second. A peine une entrevue à Turin en 2005. Des voeux de bonne année. Peut-être une carte postale.


Via Ginnastica, Trieste.


Pas rancunier, Luca nous a invité à son mariage, Andrea et moi. Vendredi dernier, donc, je prends mon avion pour... Berlin. Ben oui parce qu'en fait, Kostrzyn, d'où vient Milena, est située à la frontière allemande, pas loin de Frankfort sur l'Oder.


Comme j'aime bien me taper la honte, j'ai commencé très vite. A peine arrivé à l'aéroport, le conducteur de la voiture qui nous emmenait à Kostrzyn me dit "Tomek". Je réponds donc "Tomek". Il me répond "Tomek ??". En fait, Tomek ne veut pas dire "bonjour" en Polonais. C'était juste son prénom.


Plus tard, j'ai appris comment on disait merci. Dziękuję. Mais ça se prononce DGIENCOUILLÉ. Du moins c'est comme ça que je l'ai prononcé tout le week-end, craignant toutefois de me prendre une baffe dans la gueule. Avouez que ça ressemble plutôt à une injure. En revanche, kurwa, dont on pourrait croire qu'il veut dire petite rivière, signifie en fait putain.


Plus la durée de votre séjour est courte, moins vous avez le temps de vous débarrasser de vos idées reçues sur le pays. Il peut même arriver qu'un voyage en soit la démonstration éclatante. J'en veux pour exemple les photos prises samedi matin, lors d'une brève balade dans le village.











Je dois avouer que sans ce mariage, la Pologne aurait sans doute été le dernier pays d'Europe dans lequel je serais allé. Pour moi, la Pologne, c'est les jumeaux fachos, des cathos intégristes, et des moustachus qui cassent du pédé. Samedi, 16h : Cérémonie religieuse. A gauche, la famille de Milena. A droite, celle de Luca. En face, un prêtre avec des lunettes de mafieux. Et pendant une heure, une logorrhée polonaise interminable. Je n'ai rien compris mais je suis sûr qu'il a fustigé l'avortement, le divorce et les juifs. (On est en Pologne, ne l'oubliez pas.)


A l'issue de la cérémonie, on nous fait monter dans un bus et arrivons à 18h dans une sorte de bâtiment à l'architecture improbable. Sans doute détruit pendant la guerre, il a été reconstruit... en moins bien. Le temps d'un brindisi au champagne, et le marié nous livre discrètement un scoop à Andrea et à moi : "Bon, alors voilà : maintenant, c'est fini. Vous n'avez plus qu'à vous asseoir, manger et danser toute la nuit." Hein ?? Commencer le repas de mariage, dès 18h ?


En arrivant à notre table, nous trouvons deux verres. Un pour l'eau, un pour... la vodka. Les verres à vin sont disponibles, mais sur demande. La raison est simple : alors que les polonais considèrent que le vin se boit avec de la viande, la vodka en revanche s'accommode avec tout, comme chacun sait ! Le dîner commence, la tradition étant semble-t-il de manger un peu, puis de danser, avant de revenir à table avec de nouveaux plats. A 21h30, je n'en pouvais déjà plus.






En face, mon voisin de table faisait son show peu réjouissant. Si vous connaissez les stéréotypes d'un italien vu par la France (ils parlent fort, portent des lunettes de soleil la nuit, etc.), peut-être ignorez-vous le regard qu'ils portent sur eux-même quand ils sont en vadrouille. Le rital de base a horreur de la nourriture étrangère, par exemple. Mon voisin d'en face a donc critiqué les plats, de l'entrée au dessert. Mais il a aussi appris des insultes en polonais... qu'il s'est empressé de répéter à la mariée, devant son père. Et je ne parle même pas de ses remarques sur quelques filles... devant sa propre copine. (Un classique.)


Troisième cliché après le prêtre présumé facho et le tour en ville, le mini-orchestre qui assura l'ambiance lors de cette soirée mémorable. Tous moustachus et bedonnants, ils ont joué les plus grands tubes... de Pologne. La preuve en images.





La soirée continue. Arrive le dessert. Conversation surprise entre deux sexagénaires pendant que les autres dansaient :

"-Mais pourquoi à chaque fois les gâteaux de mariage ont toujours une énorme couche de crème ?
- ...
- L'autre gâteau est meilleur au moins ?
- Non"


Vous pensiez que c'était fini ? Pas du tout ! Le concept entrée-plat-dessert est complètement dépassé, donc après le dessert, on a eu droit... à de la viande, encore. Et ainsi de suite. Toujours accompagné de vodka, bien sûr.


A 2h du matin, je me suis dit qu'il était vraiment temps d'aller se coucher. Sauf que, l'alcool aidant, la barrière de la langue s'est estompée, et Tomek nous a invité à sa table. Je me souviens d'avoir jeté un regard interrogatif à Andrea, qui d'un flegme comme rarement les italiens l'ont, me répondit "Que veux-tu ? Ils nous ont invités, on ne peut pas refuser". Je crois que j'ai vraiment touché le fond quand j'ai mangé ma choucroute, un verre de vodka-orange à la main.


Quoi de mieux qu'une conversation avec un mec du cru pour achever brillament cette soirée ? Autour d'un café-vodka, un jeune trentenaire à l'allure d'entrepreneur me parla avec franchise de l'histoire de la Pologne et de sa famille. Les souffrances du nazisme, puis du communisme. Son grand-père, retrouvé pendu. Les jumeaux Kaczinski, les "faces de patates" comme il les surnomme. Cette coalition qui fait son beurre éléctoral sur les blessures du passé. La fracture entre la nouvelle génération et leurs ainés.


Il m'a dit que les jeunes vont devoir attendre de voir mourir leurs grands-parents avant que la situation politique se débloque. D'ici-là, il semblerait que la ligue des familles polonaises (LPR), Autodéfense (Samoobrona), et surtout le PiS (droit et justice) aient encore de beaux jours devant eux. Surtout, il m'a supplié de faire savoir que la Pologne, ce n'est pas que des vieilles en robe à fleurs sur le bord de la route, qu'ils ont internet, et que la relève arrive. Quoi de mieux qu'un blog pour le faire savoir, et tordre le cou aux clichés exposés précédemment ?

Si vous êtes sages, je vous raconterai le dimanche. Ce sera moins long, promis.

5 commentaires:

  1. Camille15:41

    Oh Benjamin, j’ai tellement ris que j’ai mal au ventre. (Ma collègue m’a même demandé si j’allais bien car je hoquetais en essayant de faire le moins de bruit possible)
    La vidéo très « années 80 » est tordante.
    Et le passage sur le concept entrée-plat-dessert-entrée-plat-dessert-entrée-plat-dessert-entrée-plat-dessert... m’a fait mourir de rire.
    J’attends le récit du dimanche avec impatience.
    Bisous
    Camille

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  2. Julia18:18

    Je partage l'avis de Camille, j'étais écroulée devant l'écran, et j'ai également eu droit à des regards mi surpris mi amusés de mes collègues!
    Je t'encourage une fois de plus à te lancer pour de bon dans l'écriture de récits humoristiques, je crois que tu es fait pour ça! C'est un vrai plaisir de te lire!
    Aller, le dimanche, le dimanche!!!!

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  3. je me joins à Camille et Julie.

    quand-estce que tu remplaces Grossior pour la revue de presse sur Europe numéro 1 ?

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  4. Strzeżysława16:03

    Dzień dobry Beniek,

    Ah,ton billet,excellent!
    La prochaine fois,dis "dziękuję bardzo".Ne reste pas sur un(e)kuję,ça heurtera moins ton ouïe prude.
    Le Q et le X n'étant pas utilisés dans leur alphabet(pas de V non plus),je comprends le discours du curé !!!
    Avec tout le village,vous étiez au moins 300 !
    Raconte-nous tout!
    Tiens-tu mieux le régime wodka que le hongrois?
    Plus sérieusement, l'antisémitisme n'est pas pire qu'ailleurs et l'a même moins été pendant une longue période.La Pologne est coincée géopolitiquement depuis toujours avec des frontières qui naviguent au gré des conflits.La guerre fait son oeuvre...
    Merci pour tes liens que je ne connaissais pas.
    Dans ta prochaine prose,explique un peu"shupiaks"?
    "polak" j'veux bien,mais shupiak je colle(les p'tits bonhommes du blason s'appelleraient ainsi? mais ce n'est pas là que tu étais?)
    Mille besitos!

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  5. Barette12:10

    Pour faire dans l'original, je me joins à Camille, Julia et mon frérot. Tordant. Je t'imagine tout à fait! Bizarre, non?
    Bisous bisous
    BDDB

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