08 mai 2007

Soyons corporate


Ceux qui s'attendaient à un billet politique peuvent aller se brosser.

Je vais plutôt vous parler de mon travail, puisque personne n'a vraiment compris ce que je faisais.

Dans la boîte, je suis, sans vouloir me vanter, le spécialiste de la livraison. Le prince du transport de mètre cube. Bref, le roi de la palette. Et je peux vous dire que les échos sur mon professionalisme et ma rigueur se sont vite répandus dans le service. Voire jusqu'à l'étage.

Vous savez pourquoi ? Je vous donne mon truc : je prépare mes chargements de palettes comme des numéros d'un grand spectacle de cabaret. Ca me force à être meilleur. Le meilleur. Parce que tout doit être réglé au millimètre et à la seconde près.

C'est comme au Lido : Si tes bluebell arrivent avec trois secondes de retard, c'est tout le reste du spectacle qui est niqué. Et bien pour nos cartons de nains de jardin lumineux ou nos palettes de déodorants pour les pieds, c'est pareil. C'est ce que j'appelle la magie de la logistique.

Quand je reçois le fax d'un fournisseur qui m'annonce que les palettes sont prêtes, j'ai une montée d'adrénaline, un peu comme quand on a le trac avant de monter sur la scène d'un karaoké : je sais que c'est à moi de jouer maintenant, qu'il va falloir tout faire pour que "The show must go on". Parce que dans ce métier, t'as pas le droit à l'erreur. Il faut tout vérifier. Le nombre de palettes, l'adresse, les horaires de retrait. Perso, je le fais jusqu'à trois fois par jour. Mais j'ai un défaut : j'aime la perfection. Question de mentalité...

Une fois que j'ai bien vérifié mes infos, et qu'elles se recoupent, je rentre les données sur mon decision maker helping process (une feuille Excel que j'ai bidouillée). Et parmi nos six transporteurs-partenaires, un seul sera choisi. Parce qu'il est le meilleur pour tel nombre de palettes venant de telle ville d'Europe.

C'est un des avantages de ce métier : dans sa tête, on voyage. Énormément. Rien que les noms sont évocateurs : la ville de Fourmies par exemple, dans le Nord-Pas-de-Calais. Ou bien Wurzburg, "le bourg de la saucisse". Ou Großkarolinenfeld, "le champ de la grosse Caroline".

Et puis il y a bien sûr l'arrivée à l'entrepôt. L'apothéose de mon travail. Le sentiment du devoir accompli. Presque une victoire. Une victoire généreuse. Car vous le savez, "Une victoire n'est belle que si elle généreuse".


Je devrais être à Paris ce week-end, mais je vais bien avoir du mal à vous voir cher public de moins en moins nombreux. "Devrais", parce que j'ai pas encore pris les billets (oui je sais c'est nul), et "mal à vous voir" parce que j'enterrerai la vie de garçon d'un ami cher.

Le programme est chargé, mais je ne peux pas vous en dire plus : il me lit, l'enfoiré ! Le seul indice que je donnerai est que nous avons pris l'expression "enterrement" au pied de la lettre... Qu'il se débrouille avec ça !

4 commentaires:

  1. ça fait plaisir de voir que l'Italie qui bosse est aussi belle que la France qui se lève tôt ...

    RépondreSupprimer
  2. L'enfoiré01:23

    ...
    j'ai peur
    ...

    RépondreSupprimer
  3. ...au pied de la lettre???

    Dans un claque ?

    Aux catacombes ?

    Pas chez Monsieur Lachaise,j'espère !!!

    RépondreSupprimer
  4. Anonyme10:33

    Donc, si j'ai bien compris, tu es une sorte de meneuse de revue : chaque matin, sur la musique de cabaret, tu descends les marches de ton entreprise, tu lèves bien haut la jambe, jetant un baisé à la foule des cadres venus d'admirer. C'est alors que les ouvriers, après t-avoir fait une haie d'honneur, entament un improbable ballet avec comme accessoires cartons, fenwiks et transpals. Puis, heureux, tu remontes dans ton bureau préparer le spectacle du lendemain. C'est beau.

    Bon, sinon ici en France, sommes encore un peu sonnés par la victoire de Sa... [ La suite de ce message, ainsi que son auteur, ont été effacés en application du tout nouveau décret n°7450254 relatif à la lutte contre le terrorisme des gaucho-soixante-huitards-fainéants-ki-se-lèvent-pas-tôt-et-qui-trouvent-ke-barbelivien-quand-même-c'est-pas-humain-d'écouter-ça ]

    Plus que 1831 jours.

    RépondreSupprimer