18 février 2007

Des SDF chômeurs dans une villa du Corbusier ?

Ce merveilleux édifice a été pensé par Charles-Édouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier, en 1923. Voilà ce à quoi nous nous sommes amusés Enrico et moi ce week-end : construire une maquette au 1/100e.

Sympa le GIF, non ? (Il faut cliquer dessus pour voir l'animation). J'en ai réalisé un autre sur l'église San Lorenzo, la paroisse des Médicis construite par Brunelleschi vers 1420. Comme celle de plusieurs autres églises florentines, la rude façade ne reçut jamais son revêtement de marbre. Mais Michel-Ange l'a bien dessinée, et des colonnes de marbre ont même été commencées. Elles ont été retrouvées dans une carrière près de Pise.


Quelques professeurs d'université ont alors organisé avec la mairie une projection in situ des projets de Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni, dit Michel-Ange. On dit que ses deux frères, Michel-Ange Auteuil et Michel-Ange Molitor, ont été très jaloux.


Côté boulot, la semaine dernière fut pour le moins agitée. Un entretien pour un poste concernant la logistique d'un site web marchand, un autre pour un simple job de vendeur dans un futur grand magasin d'un grand centre commercial. Les deux furent délicieusement contradictoires. Le premier se déroula dans le bureau même du patron, accompagné de sa secrétaire/maîtresse. Au menu, quelques questions linguistiques ("- Pouvons-nous continuer cet entretien en anglais ? - Sure"), présentation du poste, compétences requises, bref : assez banal.

Le second a duré une matinée (Il est vrai que nous étions quatorze). Après une brève introduction d'un DRH et de sa collaboratrice/maîtresse, il nous a été demandé de discuter cinq minutes avec notre voisin. Puis de présenter ce même voisin pendant une minute.

La deuxième épreuve consistait à élaborer une histoire à partir de cinq tristes cliparts, puis d'en rédiger une collective. Vous l'imaginez, les images en question n'étaient pas celle d'un Tarzan dans la jungle, ni même d'une pizza quatre fromages. Il s'agissait plutôt d'un parking de grande surface, d'une hôtesse de caisse, d'un brelan de cartes bancaires, d'une cliente poussant un chariot, et d'un binôme sexuellement différencié, ma foi très corporate, absorbé dans la lecture d'un papier sans doute très important.

Enfin, nous avons dû hiérarchiser tout seul puis en groupe différentes propositions à la question "Pour vous, répondre aux attentes d'un client signifie... ?". Parmi les réponses figuraient "Comprendre son point de vue même si celui-ci est différent du vôtre", ainsi que "Le regarder dans les yeux". Bref. Visiblement, j'ai réussi toutes les étapes puisque j'ai eu droit à un entretien en tête-à-tête avec le DRH. Ah, les joies des "nouvelles" techniques de recrutement... Pourvu que je ne sois pas pris...

J'aimerais faire un big-up à Augustin Legrand, qui a décidé de recamper avec les mêmes SDF au Canal St-Martin. Le fondateur des enfants de Don Quichotte a en effet estimé que "rien n’[avait] avancé depuis le 8 janvier», et a réclamé la démission de Catherine Vautrin, la très dicrète ministre déléguée à la cohésion sociale.

Pourquoi un tel "big-up" ? (et surtout pourquoi un tel anglicisme ?) Parce qu'au-delà des critiques sur la forme de la contestation (Je veux dire la création s'une sorte de "camping de la précarité" dans un lieu symbolique de la capitale, générateur d'images, donc médiatique, et porteur d'une charge émotionnelle forte, donc populaire), l'on voit une personne agir dans une sorte de continuité, en opposition à l'inaction (ou l'inertie) d'un pouvoir, affaibli pour cause d'échéances électorales.

Pour la première fois (pas étonnant que cela vienne d'une personne de la société civile, probablement politisée mais non militante), un citoyen, constatant l'échec des réponses proposées à grands coups de communiqués par le gouvernement, tente d'organiser un acte II, une sorte de retour à la case départ. Et va essayer de mobiliser à nouveau les médias, habitués généralement à un traitement de l'info au jour le jour, sans aucun suivi.

Si l'acte est courageux, en ce sens qu'il dénonce un état de fait et semble combattre les promesses non tenues d'un gouvernement, il est aussi moins télégénique (il n'y a plus d'effet de surprise). Les journaux de TF1 et France 2 décideront sans doute de traiter le sujet sous l'angle des riverains, exaspérés par les désagréments qu'engendrent un tel campement.

Si c'est le cas ; si ce nouvel-ancien campement est boudé par les médias ; si les journalistes se disent qu'après tout, on est déjà fin-février, et que les problèmes des SDF n'intéressent plus les français parce que c'est bientôt le printemps ou parce que ce sont les vacances d'hiver, bref : si le traitement dans les médias du retour des Don Quichotte ne dure qu'un jour ou deux et puis s'en va ; alors ce sera très dommageable pour la confiance du peuple envers ses représentants. Cela signifiera que le dernier moyen pour mobiliser le pouvoir éxécutif, c'est-à-dire la manifestation, le battage médiatique, la mobilisation de masse, (cf. manifs contre le CPE, l'arrachage de maïs OGM, etc.) sera devenu impuissant.

Certes, c'est déjà vrai pour ce qu'on a appelé la crise des banlieues. Après une "mobilisation" d'un mois, générant une attention des médias et beaucoup d'incendies ; le gouvernement a promis beaucoup, et donné peu. Mais il était impossible, six, neuf ou douze mois après la crise, d'appeler à une nouvelle mobilisation (qui aurait consisté en de nouveaux incendies de voitures et de nouvelles rixes avec les forces de l'ordre) pour cause d'immobilisme des politiques.

L'action symbolique, pacifique et médiatique des enfants de Don Quichotte, en revanche, permet de rejouer la scène. Il est légitime et même justifié de revenir camper sur le canal St-Martin si c'est pour y dénoncer que "rien n'a changé". Qui pourrait s'y opposer ? En agissant ainsi, l'association ne peut que gagner en crédibilité. Souvenez-vous, elle avait été critiquée en janvier dernier pour la satisfaction un tantinet surjouée après les annonces de Catherine Vautrin. On la soupçonnait d'avoir passé un accord à l'amiable avec le gouvernement (l'association, pas C. Vautrin).

En continuant le combat de la sorte, les enfants de Don Quichotte montrent que s'ils se sont montrés capable de négocier avec le pouvoir en place, ils ne se laissent pas pour autant intimider par des effets de manche. Même si Augustin Legrand s'en défend, l'abbé Pierre a généré des vocations.

Pour les courageux qui m'auront lu jusqu'au bout, sachez que j'ai enfin un téléphone fixe qui fonctionne. Pour d'évidentes raisons de vie privée (vu la progression exponentielle du nombre de visites sur ce blog), je me garderai de vous le donner sur cette page, mais sachez qu'il est disponible sur simple demande. Avis à tous les freenautes et autres titulaires de contrats de téléphonie gratuite et illimitée sur les fixes d'Europe...

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