07 février 2007

Plus une goutte d'essence ne coule dans la botte

Merci à Laurent Moreno, chroniqueur à France Info, pour cette superbe accroche illustrant la grève des pompistes transalpins. J'espère qu'il considèrera le titre de ce billet comme un hommage et non un plagiat. S'il me lit, bien sûr...
Oui, il y a une grève des stations-service en Italie. Mais j'ai assez peu envie d'en parler, vu que d'une, j'ai fait le plein avant. Bon vivant rime avec prévoyant, comme vous le savez. Et de deux, ça n'intéressera personne. Le sujet est clos, n'insistez pas.

Merci public adoré pour ta fidélité et ton engagement. Vous êtes plus de 50.000 à venir chaque jour sur mon blog, des journalistes du monde entier remplissent ma boîte mail de demande d'interviews, et deux entretiens d'embauche sont inscrits à mon agenda rien que pour ces huit prochains jours. (Seule cette dernière affirmation est vraie.)
Mon emploi du temps me permet de suivre assez bien l'actualité française dans cette période pré-électorale que j'affectionne tant. Mon dernier billet portait déjà sur ce sujet, et vu les réactions qu'il a suscité (zéro post à ce jour) je récidive.

J'aime bien ces quelques mois qui précèdent une élection nationale, disais-je. Parce que rien ne semble joué, malgré tout. Beaucoup en sont convaincus. Les petits candidats en premier lieu.
Quelque chose dans cette actualité a retenu mon attention. Pas les dangers de la grippe aviaire (encore que) ni le meeting de Ségolène Royal à Paris. Mais les doutes de François Bayrou sur sa participation ou non à l'émission «J'ai une question à vous poser».

Dans cet article de Libération, il met en cause l'une des sociétés de production du programme dirigée par Dominique Ambiel. Vous savez, ce conseiller de Raffarin qui a été interpellé en compagnie d’une prostituée roumaine mineure, et accessoirement partisan de Nicolas Sarkozy. «C'est en réalité l'UMP qui est aux commandes, presque directement, de ce type d'émissions» a déclaré le candidat de l'UDF lors d'un déplacement à Bordeaux. Il s'est même interrogé sur la possibilité que les questions, préparées dans la journée, aient été communiquées à Nicolas Sarkozy.

Dans la soirée, A Prime Group a annoncé qu'elle allait porter plainte contre le candidat de l'UDF qui a, selon elle, porté «gravement atteinte à l'honneur et à la considération» de la société en mettant en doute les conditions d'organisation d'une émission politique sur TF1.

C'est là que ça devient intéressant : si la plainte est déposée et qu'un procès à lieu, on aura droit à un sacré débat sur l'indépendance des médias. Et si la plainte est retirée, cela équivaudra à un aveu de la part d'A Prime Group. Dans les deux cas, les journalistes ne pourront plus, je l'espère, renoncer à leur examen de conscience.

Il serait temps ! Les journalistes italiens n'ont plus grand chose à envier de leurs homologues français. Ce n'est pas nouveau, mais ça va mieux en le disant : les médias publics sont de fait contrôlés par le pouvoir politique ; les médias privés par des entreprises de travaux publics ou d'armement. On est priés de ne pas aller fouiller dans les bureaux du patron, donc. De plus, comme on ne mord pas la main de celui qui vous nourrit, il semble difficile d'enquêter sur un gros annonceur, même s'il n'est pas actionnaire. Et que font les journalistes ? La plupart se taisent, courageusement.

Pour ce qui est de la polémique sur les questions communiquées ou non à Nicolas Sarkozy, comment croire que le ministre de l'intérieur, bien renseigné sur la vie privée de ses adversaires, n'ait pas eu connaissance des questions qui lui ont été posées dans une émission d'une chaîne privée dont le soutien lui est acquis ? Mon avis est que le fait de connaître les questions à l'avance est d'usage depuis que la télévision existe. En 1998, dans le film "Pas vu, Pas pris", Pierre Carles montrait une scène où l'on voit Anne Sinclair choisir avec Laurent Fabius les questions qu’elle lui posera lors de son prochain débat. Bien avant, Thierry Le Luron ironisait en imitant Giscard : "Je tiens à préciser que je ne connais pas les questions à l'avance ; je ne connais que les réponses". En 1963 déjà, le dernier étage de la tour de l'ORTF était destiné au ministère de l'information. Bonjour l'indépendance...
Le débat semble toutefois avancer. Au niveau politique, on l'a vu, Bayrou n'arrête pas de cafter. Déjà il y a quelques mois, il rapportait cette phrase d'Étienne Mougeotte "Oui, je suis pour le bipartisme, et je l'assume." Et le reste des français ? Michel Rocard a, de son côté, appelé de ses voeux la création d'une commission d'éthique journalistique. Il faut dire qu'avec un candidat UMP omniprésent, une candidate PS discriminée, et les autres absents ou figurants, pas étonnant que des voix s'élèvent. Pour Outreau, pour la campagne de 2002 sur l'insécurité, pour la guerre du Golfe, pour Timisoara, les journalistes ont battu leur coulpe. "Oui, on en a fait trop." "C'est vrai, on n'a pas vérifié l'information" "Je sais m'sieur, mais je devais faire pipi". Ce serait bien que cette fois-ci, ils ne le fassent pas avec cinq ou dix ans de retard.

De toute façon, si le salut ne vient pas du pouvoir politique, ou des journalistes eux-mêmes, il viendra par l'économie de marché. La presse est concurrencée par les journaux gratuits et internet, boudée par ses lecteurs et une partie de ses annonceurs. On sait maintenant qu'elle ne survivra pas en effectuant de simples ajustements. C'est l'ensemble de son financement et donc de son indépendance qui est remise en cause aujourd'hui. "France-Soir" s'est déjà transformé en tabloïd. "Libé" est en difficulté. Quel sera le prochain ?

4 commentaires:

  1. Julia16:05

    Coucou Benji

    pour continuer sur la lancée de tes autres lecteurs, je trouve moi aussi que tu devrais essayer de publier ta prose blogguienne. Pourquoi ne pas envoyer des piges à des journaux français, avec comme angle d'attaque "la campagne électorale vue par un français de l'étranger" ??

    Sinon, je croise les doigts pour tes entretiens!!

    Bises

    Julia

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  2. you're right sir,

    bien vu. Je viens quant à moi de décider pour qui j'allais voter.

    ce sera michel rocard...

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  3. AAaaaah Michel Rocard... Mahuff !
    Non, sans déconner, s'il s'était présenté, j'aurais sans hésitation voté pour lui.

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  4. Anaïs01:23

    moua je vote pour touaaa sans hésiter!!! (il faut bien que notre dérogation pour voter de l'étranger serve à quelquechose d'utile, non??)

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