06 décembre 2006

Arrivée

Me voici contraint à un exercice que je redoute plus que tout : vous rédiger une synthèse de ce qui s'est passé depuis trois semaines.

Mon voyage s'est merveilleusement déroulé. Après la halte prandiale chez mon ancienne préceptrice, j'ai roulé jusqu'à cette merveilleuse localité de Pierreclos, dans le département de Saône-et-Loire. Le lendemain, j'ai pu visiter quatre localités où ont vécu mes ancêtres, et continuer mes recherches familiales aux archives départementales de Mâcon.

" Il part déjà dans les détails ! " me direz-vous. Certes, mais cette étape a pris un sens particulier dans mon voyage : elle m'a rappelé qu'avant moi, d'autres ont déjà migré, fuyant le phylloxéra, la misère, ou la honte d'une grossesse hors mariage. J'ai imaginé mes ancêtres chargés de grosses malles attendant sur le quai de la gare de Mâcon le prochain train à vapeur pour Tours. Et je me suis dit qu'au moins, je ne fuyais ni le phylloxéra, ni la misère, ni - à ma connaissance - une grossesse hors mariage.

Bref, à 22h, le jeudi 16 novembre, je revoyais enfin celui que j'attendais depuis trop longtemps. C'est exactement à l'instant où je l'ai serré dans mes bras que je me suis dit que j'avais fait le bon choix en décidant de partir.
Ci-dessus, Empoli.

Mais assez de romantisme et poursuivons le récit. Le lundi suivant, je me suis mis à la recherche d'une colocation, que j'ai trouvée au bout de trois jours. L'appartement est à dix minutes en vélo du centre historique, dans un immeuble des années soixante qui a plutôt bien vieilli. Nous partageons ce grand appartement à cinq. Je détaillerai mes quatre colocs une prochaine fois, épargnant ainsi une bonne cinquantaine de lignes et deux heures de rédaction.

Avantages : Ma chambre est grande, pavée de marbre noir et ornée de plusieurs meubles toscans vieux de plusieurs siècles. Mon bureau, pièce maîtresse, est décoré de fleurs de lys florentins et des armoiries des Médicis ! Ca change de l'étagère Billy d'Ikea... J'ai également jouissance d'un balcon orienté plein sud avec vue sur l'Arno.

Inconvénients : La cuisine est petite, la salle de bains est de guingois, et ma chambre donne sur un carrefour plutôt bruyant (nous sommes au premier étage). Et surtout - vous l'aurez déduit par la rareté de mes posts et de mes mails - je n'ai pas internet a casa. Nous étudions les offres ADSL de Noël et ferons notre demande ces tous prochains jours. Soyons lucides : pas de raccordement à la toile avant mi-janvier 2007.


Comme je le redoutais, j'ai dû de nouveau entreprendre des démarches administratives qui ont retardé ma recherche d'emploi. On fêtera le cinquantenaire du traité de Rome en 2007. Pourtant, un ressortissant européen doit encore demander un permis de séjour pour pouvoir travailler en Italie. Et vous savez quoi ? Le bureau pour faire cette demande est ouvert de 8h15 à... 9h30.

Autre curiosité toute italienne, la circulation. Je la connaissais en scooter ; je la découvre en voiture. Et j'ai appris à mes dépens l'existence d'un jeu de chaises musicales nocturne et hebdomadaire. La municipalité de Florence interdit en effet le stationnement de véhicules pendant le nettoyage de la chaussée. A tour de rôle, des quartiers sont donc invités à garer leurs véhicules dans d'autres rues.

C'est ainsi que j'ai constaté avec stupeur mercredi dernier la disparition de ma 896 QSZ 75 (une banale Opel Corsa grise). Après une balade à la fourrière et 86,50 € en moins dans les poches, je repartais de nouveau à bord de mon véhicule. Pour l'instant, le total de mes amendes italiennes s'élève à 91 € mais, privilège d'expatrié, je compte bien ne pas les payer, espérant que la police municipale de Florence n'ait pas accès aux fichiers d'immatriculation français. En attendant, je me suis acheté un vélo.

Tiens, marrant ça, l'achat du vélo. Après m'être renseigné auprès d'étudiants, de colocataires, de passants et de cyclistes, j'ai découvert une chose. Fatalité ou coutume locale, ici, les vélos s'achètent déjà volés : il suffit pour s'en procurer un d'aller à la fac de lettres (bonjour la réputation des littéraires). On peut également passer par une autre filière : les vélos déposés à la fourrière sont réparés par les jeunes du centre de désintoxication. J'aurai voulu privilégier cette possibilité, mais la voix de mon interlocuteur(trice ?) au téléphone m'en a dissuadé. Je ne voulais pas acheter un vélo à E.T. l'extraterrestre, fusse-t-il un vélo qui vole devant une pleine lune. J'ai donc préféré au vélo volant le vélo volé.

Bon, l'appart, le permis de séjour, le vélo, c'est fait. Reste le plus gros : chercher un job. Ou plutôt deux : un pour maintenant, un pour plus tard. Le marché du travail n'est pas florissant en Toscane. Et l'absence d'internet ne me facilite pas la tâche. Une de mes colocataires, française, s'est résignée au job McDo. Aurai-je plus de chances pendant la période de Noël ? Une chose est sure, il est plus facile de partir que d'arriver.


Ne voulant pas achever mon récit sur cette note d'angoisse, je conclurai ce post par le récit de la soirée du jeudi 23 novembre, mon premier Thanksgiving. Invité par Eduardo, mon ex-coloc équatorien, je me suis rendu au domicile d'une de ses connaissances, une américaine qui étudiait en Europe. Oui, figurez-vous qu'une foule de jeunes américaines écervelées séjournent à Florence pour suivre des formations express de trois mois, portant sur la culture, la gastronomie ou autre, et que je soupçonne complètement bidon. Mais bon, c'est payé par Mum & Dad, et ça fait toujours bien sur le CV d'avoir une formation de trois mois au musée des Offices de Florence. Bref, nous mangeâmes jusqu'à satiété de la dinde rôtie, des mashed potatoes, une excellente soupe et un dessert qui, bien qu'hollandais, conclut harmonieusement ce banquet. Tellement que j'en ai demandé la recette, et ne manquerai pas de vous le faire goûter la prochaine fois que nous partagerons notre pitance.

Parmi les invités, outre une ribambelle d'américaines profondes et interchangeables, une suédoise plantureuse, un hollandais charismatique, quelques allemands impolis, et deux italiens caricaturaux. L'un deux me soutenait qu'il n'y avait pas d'homosexuels à Naples. Le petit Jésus a dû punir son ignorance, puisque le bougre a été contraint, en fin de soirée, de vomir ses tripes dans la salle de bains jouxtant la pièce à vivre. Pour draguer, ça a dû être moins facile après cet épisode.

Ce post a été rédigé sur mon ordinateur personnel, copié dans un périphérique de stockage de masse USB, puis expédié à l'internet cafè "laCh@t" de la via Ghibellina à Florence. Je promets de répondre très prochainement à vos mails.

2 commentaires:

  1. nous voici rassasiés après tant d'angoisse et le poids de ton absence.

    je n'appellerai pas les cavalieri !

    Bon courage pour le taf, et le nouvel abonnement internet !!

    Mille Bisous

    CDDB

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  2. Andrea13:42

    ça fait plaisir d'avoir des nouvelles de toi.

    Nous, on va faire du lobbying avec Père Noel, pour que tu te retrouve un boulot sous le sapin.

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