25 décembre 2006

Noel 2006 : le cru attendu

Il fut un temps ou j'aurais pu parler du 25 décembre comme de mon jour préféré, parce que le plus éloigné du 24 décembre suivant. Angoisses liées à l'organisation, achats de dernière minute, conventions vestimentaires, discussions attendues... Bref, un tantinet prévisible. Tel n'est plus le cas ! Oh, ça ne date pas de cette année, mais disons que ce réveillon fut particulièrement réussi. On a évité la séparation tables des petits/table des grands, les blagues de Guy Montagné, et pour une fois, on n'a pas ouvert les cadeaux dès 19h, les manteaux encore sur les épaules. Bref, le pied. Un grand merci à la famille Jourdain pour ce réveillon sans fausse note, ni au violoncelle, ni à la clarinette ou à la guitare.

Je n'en peux plus de porter le deuil de personnalités qui ont disparu ces derniers jours. Non, je ne pense pas à Pinochounet ou à Gerald Ford. A peine ai-je eu le temps de me remettre de la mort de Philippe Noiret ("Alexandre le bienheureux", "Les Gaspards", "Cinema Paradiso", "Les grands ducs", mais aussi quelques nanars comme "Les rois du gag") que je pleure le génie mégalo James Brown. "He doesn't feel good anymore" me firent remarquer deux de mes connaissances.

Et voilà qu'à présent, c'est Pierre Delanoë qui s'éteint. Pour les profanes, Pierre Delanoë est un parolier qui a écrit pour Gilbert Bécaud, Hugues Aufray, Nicoletta, Pétula Clark, Michel Sardou, Joe Dassin, Gérard Lenorman, Michel Polnareff. Certes, sa première chanson, intitulée "Y a un pli dans le tapis du salon" ne laissait pas entrevoir une carrière aussi brillante. Mais jugez plutôt la suite : Laissez-moi danser (Dalida), Quand tu chantes (Nana Mouskouri), Fais comme l’oiseau, Attention mesdames et messieurs, Une belle histoire, Chante comme si tu devais mourir demain (Michel Fugain), Le Bal des Laze (Michel Polnareff), Les Champs-Elysées, Ca va pas changer le monde, Et si tu n’existais pas (Joe Dassin), La ballade des gens heureux (Gérard Lenorman), La java de Broadway, Les lacs du Connemara, Être une femme (Michel Sardou), etc.

De toute façon, vous aurez le droit à sa nécro ce soir au jité. Et les journalistes auront tout pompé (tout comme moi) sur ce site : http://www.auteurscompositeurs.com/delanoe.html

Si Michel Serrault, Aretha Franklin ou Jean-Jacques Debout claque en 2007, je ne réponds plus de rien.

14 décembre 2006

A la mi-décembre

A peine ai-je eu le temps de m'installer que je dois rentrer à Paris pour le sacro-saint réveillon de Noël. Que sera le bilan de ce premier mois à Florence ? Un entretien d'embauche, quelques CV laissés à droite à gauche dans des boutiques et hôtels du centre historique, des dettes auprès de la police municipale de Florence (126 € jusqu'à présent, envoyez vos dons), une chambre mal rangée (ci-contre), et la recette d'un merveilleux gâteau que je tiens d'un certain Matteo, hollandais de passage. Maigre résultat... Et pourtant, je ne regrette pas mon départ. Mon but pour 2006 était de me trouver un boulot pour quand je serai grand. Même si pour le moment, c'est raté (Il me reste deux semaines, rien n'est perdu), je vis au moins une belle histoire d'amûr, et ça c'est beau. N'empêche : en 2007, je trouve ma voie.


D'autant que ça commence à se voir : lors de l'entretien qui s'est déroulé ce matin, et concernait un poste logistique dans un centre de congrès, mon interlocuteur m'a justement demandé ce que je voulais faire plus tard, quand je serai grand. Diantre ! Avait-il appelé mon école, ma famille, mes amis ? En fait, rien de tout cela, il m'a expliqué qu'il s'était réorienté à l'âge de 50 ans. Ensuite il m'a demandé le motif de ma présence sur le sol italien. J'ai évoqué, sans trop de détails, mes raisons sentimentales. Il m'a répondu, le sourire aux lèvres : "Ah ! Je comprends, j'ai deux fils qui ont vôtre âge". J'aime bien les gens qui croient tout comprendre alors qu'en fait non.


Je suis heureux de vous annoncer que les dimanches 22 avril et 6 mai prochain, je voterai au consulat honoraire de France à Florence. Je suis inscrit depuis hier au registre des français à l'étranger. Charme de la diplomatie, j'irai voter avec ma carte d'immatriculation consulaire. Elle permet, d'après la notice explicative du consulat, de " prouver aux autorités locales que [je suis] placé sous la protection française ". Mazette ! En cas de conflit franco-italien sur la souveraineté de Nice et de la Savoie, je sais où trouver refuge.


Savez vous que la France n'a pas le monopole des abbayes cisterciennes ? Oh, je vois arriver : " Il y va un peu fort, le Benji avec ses affirmations à l'emporte-pièce " ou bien " C'est invraisemblable. Comment cette branche monastique issue de l'abbaye bénédictine de la paisible bourgade de Cîteaux, fondée par Robert de Molesmes en 1098 aurait-elle pu connaître un tel essor en Europe ? " ou encore " Mais quelle HONTE d'écrire pareilles ABSURDITÉS : c'est CONSTERNANT, M*RDE ". Et pourtant, je me suis rendu dimanche dernier à San Galgano, où l'on peut découvrir les ruines de l'abbaye cistercienne éponyme, construite entre 1224 et 1288.



Cette belle visite, effectuée en compagnie d'Enrico, s'est poursuivie à Petriolo et ses sources d'eau chaude. De larges vasques naturelles offrent au visiteur une eau qui serait sans doute conseillée pour l'alimentation des nourrissons si elle n'était saturée de dioxyde de soufre - comprenez " ça puait l'œuf pourri ". Un apéritif sur la Piazza del Campo à Sienne a agréablement conclut cette promenade dominicale.



J'avais peur de rater quelque événement de grande importance en France, mais le survol récent des sites internet des grands quotidiens nationaux d'information et l'écoute en ligne occasionnelle d'une radio publique d'information en continu a apaisé ma crainte. Faits-divers, faits-divers, faits-divers. La trêve des confiseurs commence de plus en plus tôt, me semble-t-il. N'hésitez pas à porter à ma connaissance des faits majeurs qui m'aurait échappés. Comme le juste refus de la cour de cassation de rouvrir le procès de ce salaud de Seznec par exemple ! Où cette tribune injustement fermée au Parc des Princes pendant le match PSG-Palatinaikos.

06 décembre 2006

Arrivée

Me voici contraint à un exercice que je redoute plus que tout : vous rédiger une synthèse de ce qui s'est passé depuis trois semaines.

Mon voyage s'est merveilleusement déroulé. Après la halte prandiale chez mon ancienne préceptrice, j'ai roulé jusqu'à cette merveilleuse localité de Pierreclos, dans le département de Saône-et-Loire. Le lendemain, j'ai pu visiter quatre localités où ont vécu mes ancêtres, et continuer mes recherches familiales aux archives départementales de Mâcon.

" Il part déjà dans les détails ! " me direz-vous. Certes, mais cette étape a pris un sens particulier dans mon voyage : elle m'a rappelé qu'avant moi, d'autres ont déjà migré, fuyant le phylloxéra, la misère, ou la honte d'une grossesse hors mariage. J'ai imaginé mes ancêtres chargés de grosses malles attendant sur le quai de la gare de Mâcon le prochain train à vapeur pour Tours. Et je me suis dit qu'au moins, je ne fuyais ni le phylloxéra, ni la misère, ni - à ma connaissance - une grossesse hors mariage.

Bref, à 22h, le jeudi 16 novembre, je revoyais enfin celui que j'attendais depuis trop longtemps. C'est exactement à l'instant où je l'ai serré dans mes bras que je me suis dit que j'avais fait le bon choix en décidant de partir.
Ci-dessus, Empoli.

Mais assez de romantisme et poursuivons le récit. Le lundi suivant, je me suis mis à la recherche d'une colocation, que j'ai trouvée au bout de trois jours. L'appartement est à dix minutes en vélo du centre historique, dans un immeuble des années soixante qui a plutôt bien vieilli. Nous partageons ce grand appartement à cinq. Je détaillerai mes quatre colocs une prochaine fois, épargnant ainsi une bonne cinquantaine de lignes et deux heures de rédaction.

Avantages : Ma chambre est grande, pavée de marbre noir et ornée de plusieurs meubles toscans vieux de plusieurs siècles. Mon bureau, pièce maîtresse, est décoré de fleurs de lys florentins et des armoiries des Médicis ! Ca change de l'étagère Billy d'Ikea... J'ai également jouissance d'un balcon orienté plein sud avec vue sur l'Arno.

Inconvénients : La cuisine est petite, la salle de bains est de guingois, et ma chambre donne sur un carrefour plutôt bruyant (nous sommes au premier étage). Et surtout - vous l'aurez déduit par la rareté de mes posts et de mes mails - je n'ai pas internet a casa. Nous étudions les offres ADSL de Noël et ferons notre demande ces tous prochains jours. Soyons lucides : pas de raccordement à la toile avant mi-janvier 2007.


Comme je le redoutais, j'ai dû de nouveau entreprendre des démarches administratives qui ont retardé ma recherche d'emploi. On fêtera le cinquantenaire du traité de Rome en 2007. Pourtant, un ressortissant européen doit encore demander un permis de séjour pour pouvoir travailler en Italie. Et vous savez quoi ? Le bureau pour faire cette demande est ouvert de 8h15 à... 9h30.

Autre curiosité toute italienne, la circulation. Je la connaissais en scooter ; je la découvre en voiture. Et j'ai appris à mes dépens l'existence d'un jeu de chaises musicales nocturne et hebdomadaire. La municipalité de Florence interdit en effet le stationnement de véhicules pendant le nettoyage de la chaussée. A tour de rôle, des quartiers sont donc invités à garer leurs véhicules dans d'autres rues.

C'est ainsi que j'ai constaté avec stupeur mercredi dernier la disparition de ma 896 QSZ 75 (une banale Opel Corsa grise). Après une balade à la fourrière et 86,50 € en moins dans les poches, je repartais de nouveau à bord de mon véhicule. Pour l'instant, le total de mes amendes italiennes s'élève à 91 € mais, privilège d'expatrié, je compte bien ne pas les payer, espérant que la police municipale de Florence n'ait pas accès aux fichiers d'immatriculation français. En attendant, je me suis acheté un vélo.

Tiens, marrant ça, l'achat du vélo. Après m'être renseigné auprès d'étudiants, de colocataires, de passants et de cyclistes, j'ai découvert une chose. Fatalité ou coutume locale, ici, les vélos s'achètent déjà volés : il suffit pour s'en procurer un d'aller à la fac de lettres (bonjour la réputation des littéraires). On peut également passer par une autre filière : les vélos déposés à la fourrière sont réparés par les jeunes du centre de désintoxication. J'aurai voulu privilégier cette possibilité, mais la voix de mon interlocuteur(trice ?) au téléphone m'en a dissuadé. Je ne voulais pas acheter un vélo à E.T. l'extraterrestre, fusse-t-il un vélo qui vole devant une pleine lune. J'ai donc préféré au vélo volant le vélo volé.

Bon, l'appart, le permis de séjour, le vélo, c'est fait. Reste le plus gros : chercher un job. Ou plutôt deux : un pour maintenant, un pour plus tard. Le marché du travail n'est pas florissant en Toscane. Et l'absence d'internet ne me facilite pas la tâche. Une de mes colocataires, française, s'est résignée au job McDo. Aurai-je plus de chances pendant la période de Noël ? Une chose est sure, il est plus facile de partir que d'arriver.


Ne voulant pas achever mon récit sur cette note d'angoisse, je conclurai ce post par le récit de la soirée du jeudi 23 novembre, mon premier Thanksgiving. Invité par Eduardo, mon ex-coloc équatorien, je me suis rendu au domicile d'une de ses connaissances, une américaine qui étudiait en Europe. Oui, figurez-vous qu'une foule de jeunes américaines écervelées séjournent à Florence pour suivre des formations express de trois mois, portant sur la culture, la gastronomie ou autre, et que je soupçonne complètement bidon. Mais bon, c'est payé par Mum & Dad, et ça fait toujours bien sur le CV d'avoir une formation de trois mois au musée des Offices de Florence. Bref, nous mangeâmes jusqu'à satiété de la dinde rôtie, des mashed potatoes, une excellente soupe et un dessert qui, bien qu'hollandais, conclut harmonieusement ce banquet. Tellement que j'en ai demandé la recette, et ne manquerai pas de vous le faire goûter la prochaine fois que nous partagerons notre pitance.

Parmi les invités, outre une ribambelle d'américaines profondes et interchangeables, une suédoise plantureuse, un hollandais charismatique, quelques allemands impolis, et deux italiens caricaturaux. L'un deux me soutenait qu'il n'y avait pas d'homosexuels à Naples. Le petit Jésus a dû punir son ignorance, puisque le bougre a été contraint, en fin de soirée, de vomir ses tripes dans la salle de bains jouxtant la pièce à vivre. Pour draguer, ça a dû être moins facile après cet épisode.

Ce post a été rédigé sur mon ordinateur personnel, copié dans un périphérique de stockage de masse USB, puis expédié à l'internet cafè "laCh@t" de la via Ghibellina à Florence. Je promets de répondre très prochainement à vos mails.